
MATIÈRES DE RENCONTRES
Mon chemin d’artiste et poétière se dessine au fur et à mesure de rencontres, de voyages, de façonnages avançant avec lenteur en lisière des sentiers battus.
Le long de ces chemins je récolte des argiles, des minéraux, des cendres, des fibres, des mémoires.
Puis dans mon atelier ou ailleurs, dans l’épaisseur du temps, avec mes mains et parfois d’autres, je transforme ces matières de rencontre en des objets-espaces, des contenants destinés à accueillir des nourritures quotidiennes et des individualités.

L'ARGILE
C’est avec l’argile que je travaille principalement. Je la récolte dans des paysages voisins de mon atelier, dans d’anciens lits de rivières, des carrières abandonnées, dans le creux des talus …
Je cueille l’ouvrage érodé du temps, le fait sécher au soleil, le mêle aux eaux de la pluie, le malaxe longuement pour en faire une pâte que mes doigts modèleront en des creux qui je l’espère porteront en eux les nuances des nuages et les lavis des averses.

LE FEU
Après le modelage vient le feu qui lèche la terre durant deux jours et une nuit.
Le temps s’accroche à la voute rouge puis blanche et éblouissante du four. Les flammes respirent, déposent des cendres fondantes sur la surface ardante des pots.
Le temps s’écoule comme un ruisseau envouté de lumière et de nuit.

LES FIBRES ET LES LIENS
Je tresse en des liens celles qui peuplent nos paysages quotidiens. J'aime la banalité rustique des orties qui portent de longes et solides fibres aux reflets d'argent et de soie. En passant à travers champs, je les ramasse et les met à rouir dans les hautes herbes. Je travaille avec les quatre saisons des jours bretons. Rosée, soleil et pluie m'aident à prélever la précieuse fibre des orties que j'entortille ensuite entre mes doigts en cordelettes.
Je travaille avec ce qu'il y a ici, autour de mon atelier, avec les fluctuations du temps, avec les mémoires des paysages et des villages, avec les vivant.e.s et avec les histoires qui s'écrivent en bordure des grosses routes. Et je crée des liens avec tout ça pour allonger et ramifier les ficelles perlées d'imaginaires.